RHABILLAGE DES MEULES

Après presque 3 ans de production de farine et une bonne cinquantaine de tonnes de blé écrasé, l’équipe de meunerie a dû procéder au rhabillage des paires de meules.
Dans le cadre de cette opération, nous avons fait appel à l’expertise de Thierry Limoges, meunier depuis 35 ans au Moulin de Puyletard et à Guillaume Plessis, charpentier spécialisé en manutention de charges lourdes. Le rhabillage s’est effectué sur deux jours, les 23 et 24 avril, et les tests de mouture le 25 au matin.
 
Mais comment rhabille-t-on des paires de meules ?
 
Le rhabillage d’une meule consiste à recreuser les sillons de la face supérieure de la meule dormante et de la face inférieure de la meule tournante afin de broyer correctement le grain, améliorer la qualité de la mouture et le rendement de la farine. Les meuniers ont procédé par paire de meules, en rhabillant une paire le premier jour et la seconde le lendemain.
Dans le moulin, les paires de meules sont recouvertes d’une archure en bois permettant de collecter la mouture pour être ensuite tamisée. Il faut tout d’abord démonter les archures mais également les chaises soutenant les trémies et augets du mécanisme.
 
Une fois les meules mises à nu, il faut commencer par lever puis basculer la meule tournante grâce à des palans suspendus à l’arbre moteur du moulin. En effet, toute la difficulté se situe dans le calcul de charges puisque chaque paire de meules pèse environ 2 tonnes. Ce poids est dû au silex, matière qui compose nos quatre pierres meulières. Pas le droit à l’erreur ! Avec le système de palans et le choix du point d’accroche, il devient possible de soulever puis manipuler la meule tournante (face inférieure vers le haut) puis la poser sur des supports afin de commencer le rhabillage.
 
Après le passage d’une règle enduite d’ocre afin de vérifier l’homogénéité de la surface de la pierre et à l’aide d’une disqueuse, les meuniers retracent et recreusent les sillons de la meule tournante. Ce travail permet au grain de mieux se répartir entre les pierres. Le choix de retailler à la disqueuse réside dans la dureté du silex et permet de gagner en précision. Il convient aussi de retravailler les stries dont le sens est inversé entre la meule dormante et la meule tournante créant un effet de ciseaux afin de moudre le grain.
De plus, une attention particulière doit être apportée aux sillons au centre de la meule qui sont plus profonds (6 millimètres) dans lesquels les grains s’engouffrent pour se déplacer et être écrasés vers l’extérieur.
Ce travail est ensuite effectué de la même manière sur la meule dormante.
 
Après l’opération de rhabillage, il est nécessaire de rééquilibrer les meules dormantes en remettant à niveau les petits fers qui traversent la meule dormante pour supporter la meule tournante. Une fois le rééquilibrage effectué, la meule tournante peut être remise en place, à nouveau grâce aux palans.
 
Un test d’équilibrage consistant à mettre en route le moulin pour faire tourner les meules est ensuite indispensable pour s’assurer d’obtenir un écrasement optimal sur l’entièreté de la meule. Ensuite, il ne reste plus qu’à remonter les archures, chaises, augets et trémies pour passer à l’étape finale.
 
La dernière étape avant le retour à la production
 
Après le rhabillage qui s’est effectué sur deux jours, l’équipe de meunerie a pu terminer son travail en réalisant des tests de mouture. Pour cela, le moulin est mis en fonctionnement afin d’écraser le blé. Cette vérification consiste à repérer si les grains de blé sont complètement écrasés et si la mouture ne chauffe pas, ce qui pourrait altérer sa qualité. La vérification se termine par un test de débit au niveau de l’auget pour que la mouture soit la moins granuleuse possible.
 
Cette opération de rhabillage en collaboration avec Thierry Limoges et Guillaume Plessis a permis non seulement de former l’équipe de meunerie à cette opération mais a également permis un échange de connaissances et de pratiques ainsi qu’une valorisation du réseau des meuniers en France.  
 
Nous adressons un grand merci à Thierry et Guillaume !